" Pour un
humanisme des formes "

Jacqueline SALMON
a trouvé dans
la photographie le moyen de nouer ensemble l'architecture, l'histoire,
la philosophie et la littérature, par la pratique d'une écriture
engagée concrètement
dans le temps et l'espace.

A partir de 1981, Jacqueline Salmon se consacre totalement à la photographie
et réalise à Lyon, sa ville natale, des portraits de lieux
(plutôt que des photographies d'architecture) où se lisent les
signes d'une histoire sociale. Ses séries évoquent les mutations
passées et présentes de lieux architecturaux
dont le destin épouse celui de la société.
Avec la restauration de la cathédrale Saint-Jean, elle s'interroge
sur le statut d'un lieu religieux aujourd'hui.
Avec 8 rue Juiverie, elle évoque l'histoire d'une maison noble
devenue un squat puis une HLM.



Dans Hommage à Tarkowski, un garage se métamorphose en
bibliothèque ;
dans Hôtel dieu, un hospice fondé au
XIème siècle à Troyes est sur le point
d'être transformé en
bâtiment universitaire ;



A Clairvaux, le monastère perce sous la prison.



Face à la perte d'identité de ces lieux, Jacqueline Salmon témoigne
de la fragilité de la mémoire collective.
Son attitude est militante aussi : le squat, l'hôpital, la prison, les Chambres
précaires,
ces dortoirs pour SDF sont des lieux socialement chargés
où les exclus laissent
les signes ténus de leur passage.

Parfois même n'en laissent-ils pas, comme les tribus indiennes qui vécurent
dans l'Alberta et auxquelles Jacqueline Salmon consacre les stèles photographiques
de In Deo : Monuments commémoratifs composés de l'image
d'un arbre-totem et de celle d'une roche sur laquelle elle a inscrit le nom
d'un chef ou d'un héros défunt : bien plus que d'une démarche
conceptuelle, il s'agit ici par la photographie, de rendre possible un rituel
de commémoration d'une culture oblitérée par le temps
et la volonté des colons blancs.



Qu'elle photographie un paysage, les monuments d' Egypte ou le couvent
de la Tourette conçu par Le Corbusier, elle cherche à entendre
le message
des formes, à comprendre à travers le temps, ce qui nous unit aux
hommes, à leurs craintes et à leurs espoirs.





Si l'humain est au centre de ces travaux, l'Homme y est peu présent
physiquement.
L'idée du portrait est pourtant l'un des fils conducteurs de l'uvre
de Jacqueline Salmon. Se refusant à tout faire dire au visage (dont
elle aime qu'il résiste), elle l'associe volontiers à un paysage
ou à une architecture qui lui fait écho, comme dans les diptyques
de Entre centre et absence où elle avait réuni sa " famille
de pensée " : artistes, intellectuels dont elle tentait de visualiser
la pensée.



Avec sa récente série Près et loin d'Italo Calvino,
c'est l'univers romantique et la démarche intellectuelle de l'écrivain
qu'elle s'efforce de restituer (et non d'illustrer).
L'écriture photographique de Jacqueline Salmon, qu'on ne saurait limiter
au style ou à la composition, est induite par des projets dont la valeur
est à la fois éthique et plastique. Soucieuse de servir un sujet
et non de s'en servir, elle assume la fonction documentaire de ses images -
que par ailleurs elle intègre volontiers à des installations-
et se refuse à mettre en scène ce qu'elle photographie, s'en
tenant à la liberté du point de vue car, dit-elle, " les
propositions du monde vont bien au-delà de ce que nous pouvons y mettre ".
Pour elle qui collectionne les citations avec gourmandise, la photographie
est le moyen de citer le monde et les uvres des hommes.
Jean-Christian FLEURY


Installation "Quelles
sont nos erreurs" 250 photographies d' un écran de télévision,
relatant à travers les programmes télévisés
les grands mouvements d'espoir et les grandes répressions
de 1917 à 1997.
Toutes
les photographies présentées sont bien sûr la
propriété exclusive de leur auteur.
Jacqueline SALMON est représentée par la galerie Michèle
CHOMETTE à Paris.
Ses livres sont édités aux Editions MARVAL.
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