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    Jacqueline Salmon  


Le hangar


Textes de Paul ARDENNE,
tirés de l'édition qui accompagne l'exposition.

  Le Hangar est un ensemble de photographies que Jacqueline consacre en 2001 à un des sites du dispositif humanitaire français, le centre de SANGATTE, près de Calais. Cette structure d'accueil a été établie en hâte par la Croix-Rouge, en 1999, pour absorber l'afflux brutal d'immigrés clandestins en route pour l'Angleterre voisine.

 
 


 
  Le choix de Jacqueline SALMON, c'est celui d'une neutralisation, d'une vision qui ne mise pas plus sur le spectaculaire que sur le scandale. Cette option peut choquer, sachant qu'elle passe par l'éradication visuelle du principal individu concerné, le clandestin, à qui le droit à l'image même semble refusé. Elle peut aussi, à l'inverse, s'interpréter comme une forme de considération, sachant qu'il n'est nul besoin d'insister pour comprendre ("Cet être déclassé que tu es, il est inutile de l'humilier en l'exhibant").

 
 


 
  Un intérêt palpable du Hangar, sur le plan esthétique, c'est bien l'embarras où cette série photographique plonge immanquablement le spectateur. (...) un embarras né de l'ambivalence. Qu'y a-t-il dans ces images, de la sorte, sinon de l'absence d'abord, la vue portée sur un espace désossé, vidé de son ordinaire charge de douleur? (..) Au spectateur de ce théâtre vide d'inventer le corps qui va avec. Se dissimule-t-elle dans les images sobres du Hangar, la misère du monde n'en apparît pas moins ici en creux (...) juste tapie sous la surface du visible.

 
 


 
  Le Hangar ou l'anti-pathos, - qui connaît le travail photographique de Jacqueline SALMON ne s'étonnera guère de cette inflexion à produire des images de consonnance quasi mutique. Perceptible déjà dans les séries antérieures consacrées par l'artiste à des lieux ou des situations où il est aisé de ponctionner du spectaculaire, cette particulière qualité musicale des images de Salmon n'est pas le fait du hasard. Le choix, c'est celui d'une représentation "en sourdine", maintenue à dessein en lisière de silence, dont la fonction est d'activer une captation lente, opérant au rythme mesuré de l'imprégnation psychique.

 
 


 
  L'image? Pour rien au monde elle ne ravirait l'esprit de manière brutale, comme le requerrait une esthétique "coup de poing". Elle l'éveille au contraire par capillarité, sollicitant tout au plus une fixation à quoi l'on n'oblige pas. "Bruit"-elle, c'est non d'elle-même mais au terme d'un véritable travail d'incorporation demandé au spectateur, une incorporation valant comme évaluation raisonnée. Voir, en somme, devient échanger du visible contre de la pensée, de l'image contre un point de vue au moins aussi sensé que possible.

 
 


 
 

L'IMAGE-RESPECT:
Tant que l'on y est, on insistera aussi sur ce point annexe mais certes non second, point de réflexion à quoi semble conduire tout droit la proposition photographique de Salmon: ce n'est pas de compassion qu'ont besoin les hommes abandonnés, ni de représentations consolantes, mais d'une solidarité certifiée, authentique, engagée au-delà des simulacres.

 
 
Paul ARDENNE

 
 


 
  L'exposition "Le HANGAR" a été présentée et produite par la Galerie Michelle CHOMETTE, Paris.
Les photographies grand format ont été tirées sur bâches de polyester en impression jet d'encre par PICTO-LYON.