imageouvertela fleur de l'apparence
     

 
à propos de l'oeuvre photographique de serge gal


Serge Gal a commencé de " trouver " ses images dès l'instant où la photographie lui a permis d'espérer recueillir la lumière du monde avec une précision quasi totalitaire.
Disciple et continuateur d'Ansel Adams en France, il a pratiqué et enseigné le Zone-System aux fins de poursuivre, comme son ombre, le pourtour exact de ses intuitions incorporées dans les objets sur lesquels il vient fixer le regard.

Cette recherche qui s'étend sur plus de vingt années, toute entière consacrée à la fleur de l'apparence, l'a conduit tout d'abord au culte des surfaces : le plan de quelques murs, le luisant des feuillages délivraient des matières propres à s'unir étroitement avec le déploiement du grain photographique sur l'épreuve argentique.
 
extraits de la série papier, 1980, tirages argentiques, 30 x 40 cm  
 

mains et cordelettes, 1983, 40 x 60 cm
50 mains, 1983, 260 x 160 cm

  Serge Gal aurait pu se satisfaire de cette redondance parfaite de l'évidence des choses dans celle du cadre photographique, et continuer d'explorer ainsi divers sujets qu'il eût ensuite produit sur des cimaises. Mais l'exigence de sa vision se situait au delà de l'acte de représenter : toute son oeuvre montre que photographier, c'est donner présence à une rencontre avec le voir.Ainsi, ses découpes monumentales de nus ou de corps enlacés, véritables statues photographiques, ont donné à ses captures photographiques un statut d'apparition. L'empreinte photographique, dénuée alors de tout autre fond que le site où elle s'offrait en spectacle, accomplissait à elle seule le choc d'une rencontre.
 


4 bras, 1984, 105 x 105 cm
4 torses, 1984, 200 x 200 cm


sauts, 1985, 140 x 400 cm

paquets, 1982, 50 x 60 cm
  D'autres oeuvres cherchèrent à produire plus avant encore cette puissance de manifestation de l'apparence, dans lesquelles les sujets photographiés étaient moins connotés : main ouverte, mais géante, hissée par des cordages; gestes manuels répétés en série ; poings serrés encollés sur de grands panneaux de bois. Peu à peu, les images de Serge Gal se sont délivrées de la référence à l'objet. En ce sens, la série des paquets ficelés et celles des noeuds de corde semblaient destinées à frustrer le spectateur de son droit de regard sur le dessous des apparences, comme pour laisser surgir la dimension impressionnante que la photographie tire du seul fait de naître d'une impression de la lumière.
 


colis 1 et colis 2, 1983, 50 x 60 cm
  Mais c'est avec l'exploitation de la couleur que Serge Gal atteint aux limites de ce que l'image photographique pouvait réaliser pour répondre à sa quête : aucune reconnaissance d'objets identifiés n'est possible dans les grandes surfaces monochromes qui retiennent en leur centre une empreinte mystérieuse, seulement présente, semble-t-il, pour permettre à l'ombre de venir porter gradations et mélange à tout le spectre d'une seule couleur.
 

série : espace/avenir, 1990, 104 x 104 cm
     
  Pour dépasser ce niveau de présence dans la continuité de sa quête, Serge Gal a du se défaire aussi de la référence à la pellicule photographique et à ses supports de développement.
Les oeuvres contemporaines sont constituées par des images numériques. Elles montrent des surfaces d'objets de consommation courante ou des compositions innommables. La sensation de présence est devenue si forte que la création se soutient de cette impression de réalité.

Le simulacre des choses semble s'être délié de leur substance pour n'exister que par lui-même. On reconnaît, par exemple, un empilement de cagettes, peu importe ; car la surprise du spectacle naît de l'absence réelle de l'objet.
L'apparence, sans autre contenu que son dehors simple et pur, s'est chargée d'une vie propre et autonome, libérée de tout discours conférant consistance aux manifestations du monde visible.En confrontant, par ses images, des formes quotidiennes avec des matières informelles ou énigmatiques, Serge Gal crée un mode où l'irréel est à proximité du regard: une forme totalement ordinaire du fantastique est née de la culture des apparences.
 
 
harem, 1999, 42 x 117cm


 
 
couteaux, 1997, 87 x 174 cm
 
 
palmiers, 1999, 42 x 117 cm
 
 
timbres - 1999
 
 
 
 
L'artiste devient ainsi, au bout de son parcours, révélateur de mirages. Il réussit à fixer, dans ses créatures de lumière, la teneur immatérielle des sensations qui rendent possibles notre fréquentation du monde.Toute son oeuvre se constitue au seuil de la présence des choses, et s'il en prélève la lumière, selon des procédés techniques toujours plus raffinés, c'est aux fins de nous jucher jusqu'au rebord prégnant de leur absente profondeur.

Robert Pujade